Grand Lièvre

 
01 Qu'est-ce que ça veut dire ?
02 Sans pitié pour le cheval
03 Rémi est mort ainsi
04 Alexandrie
05 Haut Arverne
06 Je voudrais me perdre de vue
07 Vendre les prés
08 Le champion espagnol
09 Les rouges souliers
10 La lettre de la pampa
    

 

 

 

 

Qu'est-ce que ça veut dire ?  

Manier du bout des doigts

Sa raison en travaillant

Quelle passion attentive

Ton visage contre le mien

Désolé je ne comprends pas

Il n’y a pas de mots pour tout

Ok je suis un ignorant

Mais enfin « qu’est-ce que ça veut dire ? »

 

Comme tout se fait plus étroit

Dans ce même compartiment

Y’aurait-il quelque chose

Qu’on aurait aimé me dire oui

Oui je sais sexe et effroi

L’horizon est infini

Ok je suis un ignorant

Mais enfin « qu’est-ce que ça veut dire ? »

 

Hello, hello, hello,…

 

Tout au mystère à l’excès

Seul au fond de cet enclos

On pense « ça y est, je l’ai »

Puis tout se couvre de bourgeons

La tendresse de la nuit

Ferait notre architecture

Suis-je ce lieu solitaire

Mais enfin « qu’est-ce que ça veut dire ? »

 

Si ma terre est nostalgique

Et si le ciel est boueux

Que vaut l’éclat d’un regard

Qu’est-ce que tomber amoureux, nu

Nu depuis la nuit des temps

J’attends une histoire d’amour

Ok je suis un ignorant

Mais enfin « qu’est-ce que ça veut dire ? »

 

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Hello, hello, hello,…

 

La vie est une beauté

Merveilleux d’être en vie

Quelque chose sur l’ordi

Oui, tous attendent le messie

Que vaut ta chanson de geste

Aux baisers profonds et pieux

Amour que tu as changé

Mais enfin « qu’est-ce que ça veut dire ? »

 

Puis voilà ce dernier truc

Mort au pingouin au zoo

Je te donne mon sourire

Le v’là pour tes gros ciseaux, pur

Pur novice en la matière

Au chapitre de ma vie

Est-ce le dernier voyage

Mais enfin « qu’est-ce que ça veut dire ? »

 

Du garçon de la montagne

Qui n’était pas paysan

Prends cette ombre d’un visage

Encore humide au matin qui

Qui, blessé dans les parties

Basses descend du peuplier

Mais enfin berger malade

Mais enfin « qu’est-ce que ça veut dire ? »

 

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Hello, hello, hello, Papa…

 

 

 

Sans pitié pour le cheval  

 

En détail d’une journée

Voilà les derniers moments

Au détail de nos souffrances

Au récit d’une guerre

Je devine ta présence

Tu as murmuré « Maman »

Prions pour les disparus

Tous emportés par l’obus

 

Ton linceul de guerrier

Tombe, creusé à l’avance

Souvenirs et solitude

Sont à jamais nos amis

Quand nous partîmes à la guerre

Sûrs de vaincre au premier jour

Comme à coups de revolver

Sans pitié pour le cheval

 

Complètement abandonnés

Les yeux se rouvrent, éperdus

Mon sang coule dans la boue

Tous les cris sont insensés

Quelle force de gémir

Viendra arrêter nos pas

Qu’est-ce qu’une vie intégrale

Sans pitié pour le cheval

 

Et le cadavre des bêtes

Robe rouge dans le sang

Plus de terre vivante

Pour sommeiller

Tous les hommes de la Marne

Tombent à coup de révolver

Sans pitié pour le cheval

 


Rémi est mort ainsi

 

Le premier jour

Nous avons pris

Langogne et Le Puy

Les femmes chantaient

Nous étions tous amis

La marée sans fin

Nous levait au paradis

Que ce temps est loin

Colette mon petit

 

Quelque autre jour

La Loire passée

Une embuscade à midi

Près de Colnage

Sous la petite pluie

Le cri de colère

Réveilla-t-il mon amie

Que ce temps est loin

Colette mon petit

 

A l’arme blanche

Entends-tu les sanglots

Les cris de colère

Ce chaos

 

Je vois ma mie le feu

D’un grand incendie

Des bœufs apeurés

Dévalent les prairies

Au loin ronronnent

Les chars, de quel ennemi ?

Que ce temps est loin

Colette mon petit

 

Au dernier jour

Tout vient nous dire

« Désolé »

Je n’ai pas vu venir

L’ombre sur les blés

Je n’ai que vous à sauver

 

Maquis de mon âme

Giroflée de ma folie

Dans l’air des montagnes

Entends-tu l’hallali

Que le vent d’Espagne

Revienne dire à ma mie

Que ce temps est loin

Colette mon petit

 

Mon lieutenant

Sans l’infini

Tout est malade

Grands cieux

Qu’elle pitié

 


Alexandrie

 

L’art du silence

Aura ma peau

Scellé de bleu

Ce monde est clos

 

Dernière légion

Jusqu’au tombeau

Quitter ce monde

Comme un héros

 

Sortir en mer

En pleine nuit

Rondeur du monde

Alexandrie

 

Sans coup férir

Comme un pur sang

Prendre la mer

Sans testament

 

En jupon court

A pleine voile

Sur le navire

Il fait grand beau

 

Te voir nue

Comme un champ bleu

Tenir la mer

En amoureux

 

Alexandrie

Alex

 

Muscle noyé

Dans ta blancheur

Aspic attend

Que sonne l’heure

 

Bêtes à genoux

Nous attendons

L’orage rouge

Comme le sang

 

Bout du voyage

En Ptolémée

En Prince perse

Souffle coupé

 

En langue grecque

Alexandrie

Crécelle d’or

Dans ma nuit…

 

Alexandrie

Alex

 

Moi le parti

On ne sait d’où

Risquer le pire

Aimer toujours

 

Alexandrie

Alex

 

(Pour Alex)

 


Haut Arverne

 

Le voyageur sort de l’arbre

J’entends sa voix qui ralentit

à l’heure de la verdure fraîche

 

Un homme seul fête l’automne

Le poids de l’âme fait le cœur lourd

La nuit nous tient en ciel d’orage

 

Ténèbres bleues

Chanteur soudain

Au fleuve oubli

quel est l’écho ?

A mon épaule tout cesse d’être

 

Dans la manière de chanter

embouchure d’un fleuve à nous

Parmi les ombres de ma gorge

que Dieu se charge des taureaux

 

Taureau

 

La démesure en premier lieu

Voyage de nos propres verbes

Rapide ainsi va l’hirondelle

parmi les ombres

 

L’homme captif a besoin d’aide

Demeurer pur

Oh quel voyage !

L’air libre dévore le Christ

 

Sans borne nous n’avons qu’une crainte

Regards timides

Jours de détresse

Quel torrent de nuit empressé

Destin d’amant

Destin de chose

 

Amour et nous peu de sommeil

jamais l’âme ne rejoint le sang

autant finir où tout commence

 

Plus tout vieillit couvert de neige

plus, de la forge au cervelas,

le cœur se soigne à la torture

 

Rêves d’hiver à l’harmonium

Malheurs couvés par le vent

Visible ou non tout cesse d’être

Destin d’amant

Destin de chose

 


Je voudrais me perdre de vue

 

Je voudrais me perdre de vue

me décaler d’un demi-ton

ouvrir mes tubes de couleurs

comme avant l’accident

 

Je voudrais me perdre de vue

finir le pain d’un long exil

dans une chanson bienvenue

ne plus être clinique

 

Je voudrais me perdre de vue

dans un grand orchestre au complet

dans une absence congénitale

poser le pied

 

Je voudrais me perdre de vue

dans un simple chant de berger

au rythme d’une autre épopée

aux choses simples

           

Comment s’appelle le voisin ?

Au loin…

 

Je voudrais me perdre de vue

perdre ma mélodie motrice

la dièse mineur non trop triste

je voudrais un do au milieu

 

Je voudrais me perdre de vue

dans la mesure d’un mois d’avril

dans ma mémoire épisodique

me remplir de lait et de feu

 

 

Je voudrais me perdre de vue

venir d’une source étrangère

sortir d’un sommeil profond

inaccessible à la tristesse

 

Je voudrais me perdre de vue

connaître les mouvements requis

ne plus être contraint de vivre

au rythme dolent de ces jours

 

 

Je voudrais me perdre de vue

ignorer la fleur et le gant

pouvoir regagner la Prairie

avant la tombée de la nuit

 

Je voudrais me perdre de vue

dans des circonstances normales

sentir un progrès radical

en modulant tes mots d’amour

 

Amilumba

Amilumbao

 


Vendre les prés

 

Les yeux semblent traqués
Comment nourrir les bouches
Les filles à marier
Et le linge brodé
V’là les automobiles
Jusque sous nos fenêtres
Dieu veuillez m’excuser
La lumière est mourante
Il faut vendre la terre
Il faut vendre les prés

Il faut passer le bois
Grand-mère tient la maison
Pour quelque cul-terreux
Sans plus d’éducation
Quel travail de nuit
Foutu dans un dancing
De l’eau jusqu’aux chevilles
Tout nous tient désolés
Il faut vendre la terre
Il faut vendre les prés

Enfants d’histoire d’amour
Enfants de la liqueur
La bruyère inconnue
Va de ce petit feu
Nous avons tant d’ennuis
Ne blâmez pas le père
Voilà le temps de vivre
Par les choses éphémères
Il faut vendre la terre
Il faut vendre les prés

Du fond de mon sommeil
J’ai vu venir la flèche
Nos vaches sous la pluie
Prudemment descendaient
Ceux mis dans le pétrin
A faire ce qu’on leur dit
Les cœurs brûlants de fièvre
Misère nom de Dieu
Il faut vendre la terre
Il faut vendre les prés

Voilà monde moderne
Et son cul plein de boue
Accusant la montagne
D’être obstacle à la joie
Qui nous toise à travers
Ce devenir sombre
En tombée de la nuit
Tiens nous v’là l’ivre mort
Il faut vendre la terre
Il faut vendre les prés

Comme la lumière est grise
Nous traversons les prés
Quand réciter par cœur
Est souvenir des lieux
Reste de vie stagnant
Comme reste une eau morte
Misère nom de Dieu
Il faut vendre la terre
Il faut vendre les prés

 


Le champion espagnol

 

Le champion espagnol

qui n’a pas froid aux yeux

précédé de motos

en position tenace

sur la route du ciel

en film noir et blanc

aux portes des villages

a la faveur du vent

 

Sur les pentes légères

pense à son temps compté

le maillot jaune en tête

comme un chien affamé

Ulysse en son royaume

fait une offrande aux dieux

et s’enfonce isolé

 

Tout devient médiéval

tout est creusé par l’air

Tourmalet tout va bien

que retombe la gloire

_ Je ne manque de rien

comme à l’instant de naître _

(avec l’accent de Tolède)

Le vainqueur espagnol

figure d’éternité

vient renforcer mes bords

           

Les mains de Kiki

Dimanche

Applaudi

L’hérisson

Des Nozo

Landeau

Taupe

Sammaison Sammaison

 

Fach

Fol

Vi

Fon

 

Mais chercher l’aventure

Au plus profond des mots

Chercher sans gouvernail

Parmi ces charlatans

Quel est celui qui compte

Dans ce trop vieil empire

 

Où est donc ton cheval

vassal des bénéfices ?

 

On se tait tout à fait

Le sang coule des doigts

 

Juché sur ton grand arbre

Dieu que ta vie est close

 

 Cruel en ta bêtise

Que rien ne peut reprendre

 

En règle de prudence

Tu jettes tout dans l’erreur

 

Autour de l’an 1000

Qui pour renforcer mes bords ?

 

Carton rouge

Ro

To

Fa

Qui

 

Qui qui qui ?

 

 


Les rouges souliers

 

Etre amoureux de toi

Pour qu’on s’occupe de moi

Les choses à vivre ici

N’ont jamais nom de paradis

 

De la neige où j’ai grandi

A l’idéal tout petit

Quelle fourrure tes yeux

Sans remède quel lieu

 

Oh oh oh voilà les rouges souliers

… Quelle couleur inégalée

 

On croit connaître l’amour

Mais rien ne vient au secours

Ce soir qu’est-ce que tu fais

Malgré moi je t’aurais quitté

 

S’éloigne le canoë

De notre gourbis privé

Dans la maison de l’âme

Quels visages pâles pâles

 

Oh oh oh voilà les rouges souliers

… Quelle couleur inégalée

 

Toute idée qui m’élève

Ressemble alors à la forêt

Je devine tes pensées

Pas la peine de m’engueuler

 

Toute éponge gorgée d’eau

Se croit la forme du beau

Je pense à cette idée bleue

Je vole dans la nuit des dieux

 

Oh oh oh voilà les rouges souliers

… Quelle couleur inégalée

 

 


La lettre de la pampa

 

Des heures de voyage à travers la pampa

m’ont fait comme un soleil sur des neiges éternelles

quelle paix intérieure – Dieu, quelles promenades

toutes les sensations viennent de mon travail

 

L’idée de ton retour, splendide comme jamais,

torturant et étrange, fait souffrir de l’époque

il n’y a pour le moment plus de poissons dans l’eau

je ne comprends pas les hommes

 

Jouir et puis manger me font pertes inouïes

Comme me donnent raison ces sales événements

Je l’ai toujours senti, mes lèvres sur la montagne

Adieu bonne nature

 

A tant craindre l’amour, il n’y a rien de nouveau

En musique de chambre, endroit chaud et douillet

l’Europe est le désordre qui tourmente à son gré

je tiens au compte-gouttes

 

Je rencontre aujourd’hui, un agneau dans les bras,

ton grand paquebot blanc qu’on traîne à l’échafaud,

les travaux, la maison me font beaucoup de bien

je ne crains pas l’hiver

 

Bien à toi,

JLM