01. Les monuments d'algues
02. Juste
03. Perdida
04. Le dernier regard
05. La goutte blanche
06. Le jeu des hommes
07. Le feu, la cendre
08. L'adieu
09. Masculin, singulier
10. Potier
11. Le poisson
 
Poèmes d'Isabelle LE DOEUFF
mis en musique par MURAT
   

 

 

 

 

 

Les monuments d'algues

 

Sur ton bateau d’ailleurs

Tu peignais sans saison

Des tableaux or et noir

Qui parlaient d’océans

  

Tu peignais jusqu’au soir

Parfois plus hauts que toi

De grands monuments d’algues

Que tu ne signais pas

  

Souvent ces géants vagues

Se décrochaient des toiles

Emportant ta peinture

Au fond des océans

  

Alors de ton bateau

Tu regardais la rive

Et l’or de tes tableaux

Partir à la dérive

 

 

Juste

 

Juste penser à toi

Et me tordre les doigts

Juste penser à toi

Et me mordre la langue

Juste je pense à toi

Et j’ai la langue en sang

J'ai la langue en sang

 

Juste penser à toi

Et me tordre les doigts

Juste penser à toi

Et me mordre la langue

Juste je pense à toi

Et j’ai la langue en sang

J'ai la langue en sang

 

 

Perdida

J’avais le goût de toi

Jusqu’au fond de mon corps

Aux lilas de mon ventre

Tu ne t’arrêtais pas

 

Tu glissais comme une ombre

Je mourrais dans tes bras

Comme un enfant de brume

Tu te glissais en moi

 

Je n’avais plus d’odeur

Juste le goût de toi

Tu dormais dans mon corps

Moi, je ne dormais pas...

 

 

 

Le dernier regard

 

Je suis partie sans âme

Le corps en amertume,

N’emportant avec moi

Qu’un peu, très peu de toi.

 

Mais bien assez, je crois

Pour préserver ma peine,

Pour décupler le doute,

Et retenir, intacts,

Humides, au fond de moi,

Beaucoup de tes silences

Un peu de ta présence

Un peu plus que moi-même

Un de tes dix regards...

  

 

 

La goutte blanche

 

Un ciel étrange

Des noix germées

Des lys dépossédés de tige

Des haies de bois tordu

Quatre bouquets noués

En paysage...

  

Mes tâches rousses pour tes joues

Mon ventre dur, mon ventre mou

Toujours la goutte blanche

Qui glisse sur ma jambe...

 

  

 

Le jeu des hommes

 

Puisque j’ai la peau blanche

Et l’envie d’en jouer

Que tes yeux sont immenses

Et mes sens insensés

  

Puisque l’aube est orange

Et le lit mélangé

Joue-moi le jeu des hommes

C’est mon jeu préféré...

  

 

 

Le feu, la cendre

 

Tu plonges dans ma vie

Comme un poisson d’écume

Tu bouges dans mon corps

Comme un reflet d’argent...

Sais-tu que dans mon ventre

Tu fais des bleus, des blancs

Tu fais le feu, la cendre

Et des perles de sang...

 

 

 

L’adieu

 

Et puis,

Comme un enfant blessé

Me perdre entre les arbres,

Sur les écorces brunes

Me déchirer les doigts,

Creuser même après l’heure

Un puits d’ombre et de terre

Pour allonger mon corps

Et mourir loin de toi...

Mourir loin de...

 

Et puis,

Comme un enfant blessé

Me perdre entre les arbres,

Sur les écorces brunes

Me déchirer les doigts,

Creuser même après l’heure

Un puits d’ombre et de terre

Pour allonger mon corps

Et mourir loin de toi...

 

 

 

Masculin singulier

 

Tout au bout de mon corps

Tu te laissais glisser

Je te voyais à peine

Alors je t’inventais

 

J’aimais tout de ces scènes

De tes instincts premiers

J’aimais tout sans qu’on s’aime

De ces instants masculins singuliers

 

 

 

Potier

 

Potier, voûté d’amour

Au dessus de mon ventre

J’aime toutes les formes

Que tu donnes à mon corps...

 

Potier oh mon potier

Tu sculptes chaque jour

L’animal aux aguets

Qui veille au fond de moi

 

J’aime ce loup qui court

Entre tes doigts d’argile

Et ce geai qui vacille

Entre tes doigts de terre

  

Sculptée par tous tes sens

J’ai la voix du silence

Et dans ma gorge coule

Un goût de terre et d’eau

 

 

Le poisson

 

Tu t’étais fait pêcheur

Sans ligne ni raison

Pêcheur du bout du monde

Courbé sous l’horizon

 

Je t’observais des heures

Au milieu des poissons

Tu leur contais les nuits

Où nous mourrions d’amour

Et les journées sans vie

Qui les suivaient toujours

  

Tu t’étais fait pêcheur

Sans ligne et sans raison

Tu t’étais fait pêcheur

Je me ferai poisson...