MADAME DESHOULIERES

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Les attraits

 

 

A caution tous amants sont sujets

 

  Les attraits  
  Tous les hommes sont des trompeurs  
  L'aveuglement  
  Les trompeurs (Instrumental)  

 

 

 

 

1/ Les attraits  

 

Sous le débris de vos attraits

Voulez-vous demeurer toujours ensevelie ?

M'a dit quelqu'un, d'un nom que par raison je tais,

Qui s'est imaginé que ma mélancolie

Vient moins d'une santé dès longtemps affaiblie,

Que du reproche amer qu'en secret je me fais,

De n'être plus assez jolie

 

 

2/ A caution tous amants sont sujets

 

On créé plus que jamais avec des débris

On compose

On ne peint plus ce qu'on voit...

Plutôt ce qu'on ne voit pas

 

 

A caution tous amants sont sujets,

Cette maxime en ma tête est écrite,

Point n'ai de foi pour leurs tourments secrets ;

Point auprès d'eux n'ai besoin d'eau bénite.

Dans coeur humain probité plus n'habite.

Trop bien encore a-t-on les mêmes dits,

Qu'avant qu'Astuce au monde fut venue ;

Mais pour d'effets, la mode en est perdue.

On n'aime plus comme on aimait jadis.

 

Riches atours, tables, nombreux valets,

Font aujourd'hui les trois quarts du mérite.

Si des amants soumis, constants, discrets,

Il est encore, la troupe en est petite.

Amour d'un mois est amour décrépite.

Amants brutaux sont les plus applaudis.

Soupirs et pleurs feraient passer pour grue,

Faveur est dite aussitôt qu'obtenue.

On n'aime plus comme on aimait jadis.

 

Jeunes beautés en vain tendent filets

Les jouvenceaux, cette engeance maudite

Fait bande à part ; près des plus doux objets

D'être indolent chacun se félicite.

Nul en amour de daigne être hypocrite ;

Ou si parfois un de ces étourdis

A quelques soins s'abaisse et s'habitue,

Don de merci seul il n'a pas en vue.

On n'aime plus comme on aimait jadis.

 

Tous jeunes coeurs se trouvent ainsi faits.

Telle denrée aux folles se débitent.

Coeurs de barbons sont un peu moins coquets :

Quand il fut vieux, le diable fut ermite.

Mais rien chez eux à tendresse n'invite ;

Pars maints hivers désirs sont refroidis ;

Par maux fréquents humeur devient bourrue.

Quand une fois on a tête chenue,

On n'aime plus comme on aimait jadis.

 

Fils de Vénus, songe à tes intérêts ;

Je vois changer l'encens en camouflets :

Tout est perdu, si ce train continue.

Ramène-nous le siècle d'Amadis.

Il t'est honteux qu'en cour d'attraits pourvue,

Où politesse au comble est parvenue,

On n'aime plus comme on aimait jadis.

 

 

3/ Les attraits

 

Sous le débris de vos attraits

Voulez-vous demeurer toujours ensevelie ?

M'a dit quelqu'un, d'un nom que par raison je tais,

Qui s'est imaginé que ma mélancolie

Vient moins d'une santé dès longtemps affaiblie,

Que du reproche amer qu'en secret je me fais,

De n'être plus assez jolie

 

Sous le débris de vos attraits

Voulez-vous demeurer toujours ensevelie ?

 

 

4/ Tous les hommes sont des trompeurs

 

Votre bonne foi m'épouvante ;

Vous croyez trop légèrement.

Si l'on aimait fidèlement,

Serais-je encore indifférente ?

Etre la dupe des douceurs

D'une troupe vaine et galante,

Est le destin des jeunes coeurs.

De cette conduite imprudente

Il n'est coeur qui ne se repente :

Tous les hommes sont des trompeurs.

 

Jeune, belle, douce, brillante,

Le coeur tendre, l'esprit charmant,

Des malheurs de l'engagement

Ne prétendez pas d'être exempte.

Affectons-nous quelques rigueurs ?

On se rebute dans l'attente

Des plus précieuses faveurs.

La tendresse est-elle contente ?

On entend dire à chaque amante :

Tous les hommes sont des trompeurs.

 

Vous croyez que la crainte invente

Les dangers qu'on court en aimant ;

S'il plaît à l'Amour, quelque amant

Un jour vous rendra plus savante.

Vers les dangereuses langueurs

Vous avez une douce pente ;

Tous soupirez pour des malheurs

Dont vous paraissez ignorante.

Vous mériteriez qu'on vous chante :

Tous les hommes sont des trompeurs.

 

Si pour vous épargner des pleurs

Ma raison n'est pas suffisante,

Regardez ce que représente

Le serpent caché sous les fleurs.

Il vous dit : Tremblez, Amarante ;

Tous les hommes sont des trompeurs.

 

 

5/ L'aveuglement

 

De quels aveuglements sont frappés les humains !

Contre les malheurs incertains,

Tels que la perte d'une femme,

D'un enfant, d'un ami, des trésors, des grandeurs,

On croit faire beaucoup de préparer son âme ;

Et l'on n'aura peut-être aucun de ces malheurs.

Mais sans doute on mourra ; 

 

Cent et cent précipices

Sont ouverts sous nos pas pour nous faire périr :

Cependant au milieu des vices

Nous mourons, sans songer que nous devons mourir.

Mais sans doute on mourra ; 

 

Hélas ! Faut-il quitter trop tôt ce que l'on aime ;

Le moins d'attachement est toujours le meilleur.

Lorsque l'heure fatale sonne,

On souffre moins par la douleur,

Que parce qu'il faut que le coeur 

Dans ce triste état abandonne.

Sans doute on mourra.

 

6/ Les trompeurs

 

Instrumental

 

 

Textes Madame Deshoulières (1638-1694). Adaptation Jean-Louis Murat